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grand angle

La Chine creuse ses trous de mémoire

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Dans sa vaste fresque sur l’histoire du pays, le Musée national qui vient de réouvrir à Pékin accorde quatre photos aux victimes de Mao. Des historiens chinois évoquent, eux, un bilan d’au moins trente millions de morts.

Publié le 17/06/2011 à 0h00

«Le chemin vers la renaissance.» C'est ainsi que le gouvernement chinois a baptisé la grande exposition sur l'histoire moderne du pays présentée dans le colossal Musée national de la Chine réouvert place Tiananmen le 1er mars, après trois ans et 265 millions d'euros de travaux. De salle de marbre en salle de marbre, on marche sur un sentier de la gloire. Celui d'une Chine envahie et humiliée par les puissances étrangères jusqu'au milieu du XXe siècle et qui aurait retrouvé le chemin de la prospérité grâce au Parti communiste, à Mao et à ses prestigieux successeurs. Un beau récit qui occulte à merveille les millions de morts de l'ère Mao et qui résonne en parfaite harmonie avec les manuels scolaires que les écoliers chinois apprennent par cœur, les films épiques qui passent en boucle à la télé, et la nouvelle version officielle de l'Histoire du Parti communiste récemment publiée.

«La Chine d'aujourd'hui est encore incapable de reconnaître ses erreurs passées», s'offusque Yang Jisheng, le rédacteur en chef de Yanhuang Chunqiu, mensuel consacré à l'histoire. Yang est un ancien journaliste de l'agence Chine nouvelle, à la retraite depuis dix ans. Il travaille dans un petit bureau spartiate au premier étage d'un immeuble gris de l'ouest de la capitale. Des revues, des piles de papiers, des montagnes de livres s'entassent autour de la table de travail qu'il domine de sa silhouette trapue. Yang reçoit beaucoup de courrier. Dans ces le

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