Ils sont neuf. Neuf hommes choisis par un processus opaque et mystérieux, qui dirigent sans partage le plus grand pays du monde. Neuf «Marx brothers» qui jouent sans rire au dictateur. Ils occupent le sommet du pouvoir chinois, le Comité permanent du Bureau politique du Parti communiste chinois, le Politburo (1). Leur quartier général est à Zhongnanhai, la partie ouest de la Cité interdite, au centre de Pékin. Son enceinte, de couleur pourpre et longue de plusieurs kilomètres, recèle un lac, des pavillons, des bureaux, la piscine où se baignait Mao Zedong, et la «bibliothèque des chrysanthèmes parfumés». C'est là que le Grand Timonier convoquait naguère les membres du Politburo. Les Neuf ne se réunissent probablement plus là, mais nul ne le sait, pas plus que la fréquence de leurs entrevues. Tout ce qui touche à cette «bande des Neuf» est aussi secret que leur pouvoir est absolu.
Saint-Esprit invisible
Le Politburo est au sommet de la pyramide du parti, qui est lui-même placé au-dessus de toutes les institutions, y compris des lois. Avec ses 70 millions de membres, c'est la plus vaste organisation politique au monde. Tel un Saint-Esprit invisible, son influence est omniprésente : dans les entreprises, dans les quartiers, dans les médias, sur Internet. Par période, le gant peut se faire de velours, ou d'acier. L'essentiel est que rien ne menace «le rôle dirigeant du Parti». En despotes éclairés, les Neuf décident si les familles chinoises peuvent avoir un ou deux enfants ;




