Dans le brouhaha du salon de thé Groppi, lieu historique du vieux centre de la capitale égyptienne, tout le monde se retourne sur lui, attablé devant son jus de fruit. Sa barbe est longue et broussailleuse, son pantalon porté court sur les chevilles. A ces signes distinctifs, il a ajouté un autocollant sur son tee-shirt. «Salafyo Costa group». Alors que la place Tahrir, en ce vendredi 29 juillet, résonne de «Allah akbar» enfiévrés, poussés par plus d'une centaine de milliers d'islamistes venus revendiquer l'identité religieuse de l'Egypte, ce salafiste a préféré se mettre à l'écart.
Pour Islam, membre de ce mouvement fondamentaliste, certes marginal, «ouvert à l'autre» et désireux de «changer la mauvaise perception du salafisme», la démonstration de force massive de ses «frères en l'islam», la semaine dernière sur Tahrir, a été une erreur. L'Egypte, de fait, reste sous le choc : la manifestation, qui devait rassembler toute l'opposition et être centrée sur les revendications révolutionnaires, a été confisquée par les salafistes et leurs slogans religieux, faisant fuir laïcs et libéraux. Elle a aussi mis mal à l'aise de nombreux Frères musulmans, au moment où la confrérie s'acharne à jouer les bons élèves de l'Egypte postrévolutionnaire auprès du Conseil suprême des forces armées (CSFA) au pouvoir, à qui les islamistes ont tous rappelé leur soutien, mais également auprès de la communauté internationale, qui commence à peine à entamer un dial




