Le jugement du dictateur déchu représente un moment fondateur pour une démocratie en construction. D'où l'importance de ne pas rater un tel rendez-vous. «Le procès a une fonction de catharsis, mais il devrait aussi amener la société à réfléchir sur elle-même et les compromissions de chacun ; sur ce qu'il a fait et surtout ce qu'il n'a pas fait», soulignait le père Toma, dominicain de Bagdad et ami de Vaclav Havel, peu avant l'ouverture du procès de Saddam Hussein, seul précédent d'un dictateur arabe devant rendre des comptes. Ce fut une «occasion manquée» - selon la formule de l'ONG Human Rights Watch - dans un pays sous occupation, même si le tribunal était composé de juges irakiens. L'insécurité et l'assassinat de trois des avocats de l'accusé transformèrent la procédure en une parodie de justice dont l'apogée fut la pendaison du dictateur sous les quolibets et les cris de joie. Malgré les efforts des enquêteurs et le dépouillement des archives de la police secrète, le procès de la machine de terreur baasiste n'a jamais eu lieu.
Lumière. Le cas de Hosni Moubarak est différent, y compris parce qu'il n'est pas un criminel de masse de l'ampleur de Saddam Hussein. En outre, l'Egypte de l'après-11 février juge son ex-tyran en toute souveraineté. Mais de nombreuses ombres pèsent déjà sur la procédure. Le président du tribunal, Ahmed Rifaat, magistrat à la Cour de cassation, passe pour intègre, mais la machine judiciaire est restée la même.




