Chargé de recherches au CNRS et rattaché au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), Fabien Jobard codirige avec Dave Waddington, de l’université de Sheffield Hallam, un séminaire franco-britannique consacré aux émeutes urbaines. Il vient de publier Rioting in France and UK, aux éditions Willan.
Que signifient ces troubles ?
C’est un retour à des formes d’émeutes ethniques caractéristiques des années 70-80, quand un incident avec la police - ou la rumeur d’un tel incident - entraînait des affrontements, puis l’embrasement d’un quartier. Tottenham avait d’ailleurs été l’un des théâtres des derniers événements de ce type. Il y eut ensuite, au début des années 90, des désordres urbains menés par les enfants désœuvrés de la classe ouvrière blanche. Dix ans plus tard, les violences reprirent dans des villes à forte présence de minorités - comme Bradford ou Birmingham -, mais marquées, cette fois, par des affrontements intercommunautaires entre Afro-Caribéens et Indo-Pakistanais. Aujourd’hui, comme il y a un quart de siècle, les minorités se soulèvent ensemble.
Les médias britanniques mettent en cause les gangs. Qu’en pensez-vous ?
De tels mouvements sont toujours à la fois spontanés et organisés. Spontanés parce qu’ils naissent de l’indignation des jeunes d’un quartier. Mais pour que des centaines d’entre eux descendent dans la rue, il faut aussi de l’organisation et donc l’encouragement d’une partie, au moins, des leaders des bandes locales. Ces mouvements sont sociaux autant qu’ethniques, car les jeunes frappés par la




