C'était pourtant il y a un peu plus d'un an à peine. Lors de la campagne présidentielle de 2010, Juan Manuel Santos n'avait rien d'un aigle. Bégayant, jamais élu, le technocrate issu de la grande bourgeoisie colombienne semblait ne devoir son score dans les sondages qu'à l'aval du chef de l'Etat sortant : l'ultrapopulaire et conservateur Alvaro Uribe, dont il avait été ministre de la Défense. Interdit de réélection après deux mandats consécutifs, le «président à poigne», chantre de la guerre contre les guérillas marxistes, lui transmettait les rênes de sa «sécurité démocratique» avec la promesse de respecter ses préceptes. «Nous pensions que nous allions vivre un Uribe III», rappelle Luis Eduardo Garzón, président du Parti vert, opposant pendant la campagne.
Calcul. Mais en douze mois, Juan Manuel Santos, investi le 7 août 2010, a changé la donne : l'élève est en train de démonter l'héritage du maître. Sa première rencontre avec un chef d'Etat étranger, à peine entré en fonction, avait donné le ton. En quatre heures de discussion avec le socialiste vénézuélien Hugo Chávez, le Colombien avait rétabli les relations avec le pays voisin, stigmatisé jusqu'alors comme «allié des terroristes» pour son soutien présumé à la guérilla des Farc. Un calcul pragmatique : après l'échange d'ambassadeurs, le Venezuela a rouvert ses frontières aux entreprises de Bogotá et commencé à leur payer des dettes en suspens. Le rapprochement, suivi d'un rétab




