Le général Abdikarim Yusuf Dhago-Badan, chef d'état-major adjoint de l'armée somalienne, vocifère des ordres à ses troupes, qui se répartissent aussitôt sur le carrefour qui jouxte l'ancien hôtel Fiat dans le quartier Abdul Aziz, non loin du front de mer à Mogadiscio. Le devant de l'édifice de quatre étages, en ruines, s'est effondré. Imperturbables devant le flot de militaires qui défilent au pas de course derrière le général, deux adolescents accroupis poursuivent leur partie le front plissé par la concentration. Des lignes parallèles et perpendiculaires sont tracées par terre avec un morceau de charbon, et des pierres font office de pions. Ils jouent au shax, jeu d'échec très prisé en Somalie, qui semble avoir traversé la guerre, la mort et les destructions.
Sur le bas-côté, un large trou creusé dans le sable est relié par un passage à l'autre côté de la route. «Les ennemis pouvaient apparaître de ce côté, puis disparaissaient et revenaient là-bas, créant un effet de surprise», explique le général. Pendant des mois d'affrontements acharnés, ce genre de souterrains, permettant aux insurgés de circuler sans être vus, ont proliféré dans de nombreux quartiers de la capitale somalienne. Non loin du tunnel, une fine couche de bitume repose sur du vide, le reste a été excavé constituant un piège redoutable pour les tanks de l'Amisom, les troupes de l'Union africaine. Depuis que le mouvement shebab a annoncé son retrait de Mogadiscio début août, des poches d'insu




