Tous les mercredis depuis maintenant plus de deux cents jours, Yonca, jeune femme brune et élégante, franchit le porche de la grande prison de Siliveri - neuf bâtiments de haute sécurité et une salle d'audience - construite il y a dix ans à une centaine de kilomètres à l'ouest d'Istanbul. La rencontre avec son mari, Ahmet Sik, dont elle est séparée par une épaisse vitre, ne dure pas plus d'une demi-heure. Une fois par mois, ils peuvent se voir, s'effleurer les mains, toujours en présence d'un gardien. «A Siliveri, l'Union européenne est géographiquement proche mais on s'en sent si loin», soupire la jeune femme.
Choc et incrédulité
Journaliste d'investigation de renom, Ahmet Sik avait été arrêté dans son appartement stambouliote le 3 mars à l'aube, en même temps que son collègue Nedim Sener. Tous deux sont accusés d'être des «relais médiatiques dugroupe terroriste Ergenekon». Ce réseau ultranationaliste regroupant barbouzes, généraux en retraite et hauts fonctionnaires est supposé avoir organisé des attentats pour déstabiliser le gouvernement islamo-conservateur de l'AKP (Parti de la justice et du développement) au pouvoir depuis novembre 2002 et de préparer un coup d'Etat.
L'arrestation de Sik et Sener était le dix-huitième coup de filet depuis trois ans visant les complices, ou supposés tels, d'un complot présenté par les autorités comme toujours plus vaste et ramifié. Choc et incrédulité. Ces deux journalistes étaient connus pour leur engagement contre ce que les Turcs appelle




