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Libération
Interview

«Une victoire qui pourrait affaiblir le CNT»

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Patrick Haimzadeh, ancien diplomate en poste à Tripoli :

Publié le 21/10/2011 à 0h00

Patrick Haimzadeh (1), ancien officier, arabisant, a été en poste diplomatique à Tripoli entre 2001 et 2004. Il revient pour Libération sur les conséquences de la mort de Kadhafi, hier à Syrte, et sur les luttes de pouvoir au sein du Conseil national de transition (CNT).

Kadhafi mort, le CNT peut désormais annoncer enfin la totale libération du pays. Que change la mort du Guide suprême ?

S’il est démontré que Kadhafi a été blessé mortellement par des tirs de l’Otan, cela retirerait au CNT la victoire de sa prise car cela accréditerait finalement la thèse d’une guerre impérialiste menée contre le peuple libyen. L’homme qui a dénoncé l’impérialisme… tué par les forces impérialistes de l’Otan. Le nouveau régime devra donc vivre avec cela. La victoire du CNT est une victoire amère. En fait, je vois cette mort de Kadhafi comme une victoire qui pourrait, à court terme, affaiblir le CNT.

Pourquoi ?

Pendant sa fuite, pour une partie évidemment silencieuse de la population, Kadhafi est resté ce symbole de résistance à l’Occident. Il y a eu des phénomènes de «seuil» observés lors de la prise, par exemple, de Tripoli : à partir de quand je sors dans la rue pour soutenir les rebelles alors que j’ai soutenu le régime en place ? Des quartiers de Tripoli acquis à Kadhafi se sont posé la question. Puis ces gens sont rentrés chez eux en attendant que cela se calme. D’autres quartiers n’ont pas supporté la présence des rebelles, comme dans le quartier pauvre d’Abou Salim. Il y a eu des tirs la semaine passée, et les forces nouvelles ont répondu à l’arme lourde. Pour le moment, c’est calme. Mais jusqu’à quand ? La

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