Son livre le plus connu du public est incontestablement Eichmann à Jérusalem. La grande philosophe critique du totalitarisme se faisait pour l'occasion journaliste, racontant pour le New Yorker le procès en 1961 du maître d'œuvre de la solution finale, évoquant à son propos «la banalité du mal», concept souvent mal compris autant que galvaudé. Elle n'entendait pas par là que le mal est banal mais qu'il peut être commis banalement, médiocrement, sans être un monstre, juste par obéissance et absence de pensée autonome. Ce thème ainsi que ses attaques contre le rôle des conseils juifs des ghettos qui collaborèrent avec les autorités nazies, déchaînèrent une violente polémique qui marqua sa rupture avec l'opinion israélienne et une grande partie du monde juif, y compris des amis comme le philosophe Gershom Scholem qui lui reprocha notamment de manquer de «herzenstakt» (tact du cœur). Les attaques furent tout aussi virulentes en France, y compris de la part d'un philosophe comme Vladimir Jankélévitch. Alors que la polémique faisait rage, son vieil ami le philosophe Karl Jaspers écrivait à Hannah Arendt qu'un jour viendra «où les Juifs t'érigeront en Israël comme à Spinoza un monument et te revendiqueront fièrement comme l'un des leurs». Il semble avoir vu juste. En 2000 seulement, soit quarante ans après, le livre fut finalement traduit en Israël mais il est depuis de plus en plus intensément discuté alors même que les intellectuels is
Critique
Arendt et la position du «paria conscient»
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Le monde juif vu par la philosophe engagée
ParMarc Semo
Publié le 10/11/2011 à 0h00
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