Ecrivain égyptien et auteur notamment de l'Immeuble Yacoubian, Alaa el-Aswany fut dès janvier aux côtés des révolutionnaires de la place Tahrir. Il vient de publier Chroniques de la révolution égyptienne (Actes Sud) et, de passage à Paris, il a répondu aux questions de Libération juste avant les affrontements du week-end.
La révolution égyptienne est-elle menacée ?
Je fais confiance au peuple parce qu'il a déjà dépassé la barrière la plus difficile : celle de la peur. On ne peut plus reculer. Nous sommes aujourd'hui dans une situation paradoxale : la révolution a réussi en partie, mais elle n'est pas encore au pouvoir. Une révolution, cela ne signifie pas seulement contraindre Hosni Moubarak à quitter le pouvoir ou même changer un régime politique, c'est aussi l'élimination d'un régime social, économique, culturel. Mais elle n'est pas obligée de marquer tous ses goals en quelques mois. Si l'on regarde où en était la Révolution française de 1789 neuf mois après la prise de la Bastille, il n'y avait pas encore grand-chose. Ce que nous avons déjà réalisé n'était pas facile. Pour la première fois, un président a non seulement été destitué sous la pression du peuple, mais il est aussi jugé pour ses crimes. Lors de la première audience, quand le juge a prononcé son nom, «Mohamed Hosni Moubarak», et que lui a répondu «présent», c'est une nouvelle page qui s'est ouverte pour l'histoire de l'Egypte et pour l'ensembl




