Cinq voitures de police barrent la route principale qui mène au village rebelle de Wukan, dans le sud-est de la Chine. Une douzaine de policiers armés de mitraillettes arpentent la chaussée à deux pas d’un singulier salon de massage-karaoké de cinq étages baptisé l’Aristocrate doré. Orné de lanternes roses, l’établissement diffuse en extérieur des chants de Noël en anglais.
Wukan est une «zone sous contrôle», et les journalistes ne sont pas les bienvenus, nous signifie un fonctionnaire du barrage de police. Alors qu'il vérifie nos papiers, une moto avec deux passagers tente soudain de forcer le passage à vive allure. Le claquement de culasse de plusieurs armes convainc le deux-roues de stopper, de justesse car les coups de feu semblaient sur le point d'éclater. Cinq hommes en treillis se précipitent sur les passagers, des habitants de Wukan qui sont prestement embarqués. «C'était juste pour leur faire peur, on n'aurait pas tiré», tient à nous rassurer un policier. Les 13 000 habitants du village de pêcheurs de Wukan sont en rébellion ouverte contre les autorités locales depuis le mois de septembre. Ils ont expulsé leur secrétaire du Parti, élu des responsables et érigé des barricades pour parer aux fréquents assauts de la police. Des jeunes armés de tridents et de lances de bambou patrouillent le périmètre, des talkies-walkies à la main.
Des banderoles ont été plantées aux quatre coins de la commune par les mutins, qui accusent les officiels locaux d'avoir ve




