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Libération

La peur de l’effet boomerang

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Pour les intellectuels turcs, la loi Boyer va accentuer la pression du gouvernement.

Publié le 22/12/2011 à 0h00

Depuis maintenant deux ans, une petite foule se réunit chaque 24 avril sur la grande place de Taksim, au cœur d'Istanbul, pour commémorer les arrestations d'intellectuels et militants arméniens qui en 1915 donnèrent le coup d'envoi du génocide. Le tabou est désormais brisé après des années de négationnisme d'Etat. Des colloques universitaires se tiennent depuis 2005 - le premier du genre fit scandale. Les ouvrages de référence sur le génocide, tels ceux d'Yves Ternon ou de Vahakn Dadrian, sont traduits et publiés. Avec l'inquiétude maintenant d'un retour de bâton. «Cette loi électoraliste va provoquer une montée du nationalisme. Le travail de mémoire réalisé, qui ne s'est pas limité aux Arméniens, va en prendre un sérieux coup», s'inquiète Cengiz Aktar, universitaire qui fut en 2008 à l'initiative d'une pétition sur le Web, signée par plus de 30 000 personnes et demandant «pardon» aux Arméniens.

«Turcité». Avec d'autres intellectuels engagés dans la bataille de la mémoire, il avait publié dans Libération en mai 2006 un appel s'inquiétant des conséquences d'un premier projet de loi français similaire, qui «risque de bloquer la discussion et aura a fortiori un effet similaire bien plus puissant en Turquie».

«Il ne doit pas y avoir de vérité historique officielle figée par la loi ; cela vaut aussi bien pour la France que pour la Turquie», souligne Ahmet Insel, professeur à l'université de Galatasaray et directeur de la revue d

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