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tribune

2011, arabe et révolutionnaire

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ParBéligh Nabli
Maître de conférences en droit public à l’université Paris-Est-Créteil et Sciences-Po Paris
Hamdi Nabli
Analyste pour l’Observatoire des mutations politiques dans le monde arabe (Iris)
Publié le 30/12/2011 à 0h00

L'année 2011 restera marquée par l'événement catalyseur d'une série de soulèvements populaires : l'immolation d'un homme qui provoqua la première révolution du XXIe siècle et une puissante onde de choc dans l'ensemble du monde arabe. Cette façon suicidaire d'interpeller le pouvoir constitue un acte de rupture avec les différents modes de mobilisation politique : à travers le vote, la manifestation ou la révolution, une forme de participation (plus ou moins directe et agencée) est pensée. Le geste de Mohammed Bouazizi échappe à cette typologie : son suicide est à la fois l'expression funeste d'une dés-espérance, d'une dé-mobilisation, et un acte postmoderne de résistance et de défiance à l'égard du pouvoir. Mieux, véritable fondement ontologique de la révolution tunisienne, cette action individuelle et nihiliste a suscité une mobilisation collective puissante et radicale pour un avenir meilleur. Le paradoxe apparent de cette immolation s'inscrit dans un imaginaire entourant l'action du feu et celle des hommes, le feu de l'action et la révolte radicale. Bachelard, dans sa Psychanalyse du feu, définissait déjà le complexe d'Empédocle comme une fascination pour le bûcher, où «la destruction [par le feu] est plus qu'un changement, c'est un renouvellement». Cette révolution est une invitation à la déconstruction des grilles d'analyse et autres dogmes orientalistes enracinés dans les chancelleries occidentales. Le 14 janvier 2011 fut la démonstration de la capacit

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