Menu
Libération

Le ministère du Sport ravive les tensions autour de la langue croate

Réservé aux abonnés

Publié le 01/02/2012 à 0h00

En France, qu’un ministère change de nom avec l’arrivée d’un nouveau titulaire ou gouvernement ne choque personne. En Croatie, où la langue est un enjeu politique, il n’en va pas de même. Ainsi, les esprits s’échauffent depuis que le nouveau ministère de l’Education physique ne s’appelle plus ministère «du Šport» (avec un accent sur le s, soit «chp» à l’allemande), mais «du Sport» (sans accent, «sp», à l’anglaise). Comme on le disait en ex-Yougoslavie, avant la guerre serbo-croate, il y a vingt ans. De là à accuser le nouveau gouvernement de centre gauche de déviation serbiste voire serbophile, il n’y a qu’un pas.

Après plus d'un siècle de rapprochement entre les parlers serbe et croate, l'arrivée au pouvoir de l'équipe nationaliste du président Franjo Tudjman (1990-2000) avait été suivie d'une impitoyable purification linguistique. Les lexicologues s'étaient fendus, en 1991, d'un Dictionnaire des différences entre les langues serbe et croate qui avait fait la chasse aux emprunts linguistiques, y compris latins, et introduit de nombreux archaïsmes. Le monde politique avait remis à l'honneur des mots utilisés pendant le bref Etat indépendant de Croatie (1941-45) proclamé par les oustachis pro-nazis. Des censeurs linguistiques avaient fait leur apparition dans la presse. Leur tâche était de croatiser la copie. Le traducteur croate de Tolstoï a raconté récemment à la presse qu'en dépit de ses protestations, il avait été obligé de remplacer «capitaine» par «centurion» (<

Dans la même rubrique