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Libération
Reportage

Les milices colombiennes de la peste brune à la poudre blanche

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Les «Bacrim», bandes de narcotrafiquants composées d’anciens paramilitaires, sèment la terreur dans le département du Córdoba.

ParMichel Taille
Envoyé spécial à Montería (Colombie)
Publié le 22/02/2012 à 0h00

Les yeux rougis par le manque de sommeil, Juvenal jette des regards inquiets alentour. Un ami qu'il a gardé au sein des Aguilas Negras, une des armées privées de trafiquants qui ensanglantent la Colombie, l'a averti : «Ils ont repéré où tu dormais, pars vite.» La gare routière de la ville de Montería, dans le nord-ouest du pays, où il a passé trois nuits après avoir déserté, n'est plus un endroit sûr. Son sac sur le dos, il sillonne la capitale du département caribéen du Córdoba pour quémander quelques billets, de quoi abandonner la région au plus vite. «Je sais quelles sont leurs routes de sortie de cocaïne, où sont leurs laboratoires, affirme-t-il. C'est pour ça qu'ils veulent me tuer.»

Couvre-feu. Les Aguilas Negras, qu'il a abandonnées une semaine plus tôt, sont une des «bandes criminelles émergentes», baptisées «Bacrim» par le pouvoir, qui contrôlent le trafic de drogue dans le pays, premier producteur mondial de cocaïne. Issus des sanglantes milices antiguérilla des Autodéfenses unies de Colombie (AUC, extrême droite), démobilisées en 2006, ces groupes compteraient jusqu'à 10 000 hommes et défient les autorités : au début de l'année, l'un d'eux a décrété un blocage de l'activité économique sur toute la côte des Caraïbes. Leur couvre-feu a affecté le transport et le commerce dans la plupart des zones rurales jusque dans des villes touristiques, comme Santa Marta.

Dans les campagnes et les petites villes du Córd

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