Dès leur entrée, elles ont senti le mépris s'abattre sur leurs silhouettes abîmées par la vie. Drapées dans des tuniques féminines bariolées, Sahrish et Annie encaissent en tremblant et baissent les yeux. Leur cœur se serre, une fois de plus. Silence et réprobation parcourent la foule de centaines d'hommes qui attendent leur tour dans ce centre administratif de Karachi. «Tous ces gens qui nous fixent…» souffle la voix androgyne de Sahrish, beauté troublante dont les bijoux camouflent presque parfaitement une barbe naissante. Sahrish et Annie sont issues de la communauté la plus discriminée du pays : les hijras. Ce mot ourdou, traditionnellement traduit par «eunuque» en référence à la tradition moghole des castrats, regroupe les travestis, les transgenres, les hommes castrés par choix personnel et les hermaphrodites. Au nombre de plus d'un demi-million au Pakistan, les hijras connaissent une vie de parias, humiliées, violentées, à des années lumières du temps où les empereurs de la dynastie moghol avaient fait des eunuques leurs danseurs favoris à la cour, les gardiens de leur harem, voire leurs généraux et magistrats.
Pourtant, en ce jour de janvier, Sahrish et Annie ont décidé d'affronter l'opprobe. Elles sont venues réclamer leur carte d'identité du «troisième genre», en application du droit qui leur a été attribué en 2011 par l'austère République islamique du Pakistan . Cette carte leur permettra, notamment, de voter lors des prochaines élections, comme m




