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Libération
Reportage

«La France, vue d’ici, c’est un cœur sec»

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Entre amertume, ironie ou indifférence, les Algérois évoquent leur rapport à l’Hexagone cinquante ans après les accords d’Evian.

A Alger. (Photo Zohra Bensemra. Reuters)
ParJean-Louis Le Touzet
Envoyé spécial à Alger
Publié le 19/03/2012 à 0h00

L'orage a éclaté la semaine dernière dans la presse algérienne au sujet de la vague de documentaires, produits en France, qui marquent le cinquantenaire de la fin de la guerre d'Algérie. Le Quotidien d'Oranévoquait «la guerre des mémoires qui a pris le relais des armes. Seule la voix du plus fort, celle qui aura écrit, sera audible». De son côté, El Watan se désolait que l'Algérie «ne produise aucune manifestation sur ces dates si chères». Ici, l'amertume, là, l'ironie, et parfois l'aigreur. Des sentiments que l'on retrouve dans la société civile, sur fond de polémiques mémorielles.

Mohamed Badaoui, 51 ans, homme de théâtre et publiciste, bilingue, ne parlant «que français à la maison», est du côté de l'ironie, plutôt cinglante : «La France a certes ouvert ses archives à l'occasion du cinquantenaire des accords d'Evian en sollicitant sa propre mémoire, mais elle a oublié l'essentiel : ouvrir son cœur. La France, vue d'ici, est pour moi un cœur sec. La génération des quinquagénaires, comme moi, est profondément liée à la France malgré les cruautés commises. Nous sommes liés par la langue commune, et je crois que nous avons loupé de grandes choses, car j'ai toujours pensé que l'Algérie aurait pu être l'Andalousie du monde arabe.» Lui-même se déclare totalement défait par l'affaissement de la langue des deux côtés de la Méditerranée : «Quand j'entends Sarkozy qui fait des fautes d'accord du participe passé, je me dis que,

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