Croisée au hasard des rues de Tunis, on ne l'aurait sans doute pas reconnue. Son visage, pourtant, nous est familier : Ameni Ghimagi a fait la une de Libération, le 15 janvier 2011. La veille, juchée sur les épaules d'un copain, la jeune femme a surgi de la foule massée devant le ministère de l'Intérieur, criant et tendant bien haut une feuille de classeur barrée d'un «Ben Ali dégage». Ce qui fut fait dès ce soir-là. Ameni («souhaits», en arabe) s'est retrouvée allégorie d'un soulèvement populaire spontané, aux slogans universalistes. Sans couleur politique, sans aspirations religieuses. Où les jeunes et les femmes étaient en première ligne.
Nous voici donc face à l’icône, un an après. Elle a donné rendez-vous au bar de l’Univers, le repaire de la gauche tunisoise bien à gauche. Elle a ce même regard sombre, accentué par le trait de crayon. Habillée de noir, un foulard fleuri au cou et un bonnet-béret de laine beige sur la tête, la demoiselle, 20 ans tout juste, a le chic bohème. Elle est jolie, joviale. Son visage aux traits délicats ne porte plus cette rage capturée par le photographe.
«C'est moi, cette fille sur la photo ?» s'étonne-t-elle, sortant de son sac une mini-une plaquée sur un bout de bois. La couverture du journal a eu son petit succès en Tunisie, inspirant des souvenirs de pacotille. «Je ne reconnais pas mon visage, mais j'y reconnais les émotions que je ressentais ce jour-là, l'envie de changer les choses.» Elle est «fièr




