Menu
Libération

Biographie d’un roman

Réservé aux abonnés

Vassili Grossman et son atomique «Vie et destin» par Myriam Anissimov

Publié le 22/03/2012 à 0h00

La puissance iconoclaste du roman était telle que le manuscrit fut arrêté par le KGB «comme un être vivant». Les sbires firent irruption à l'heure du laitier dans l'appartement de Vassili Grossman le 15 février 1961, saisissant toutes les pages dactylographiées et les carbones, puis obligeant l'écrivain à les accompagner chez les quelques personnes qui auraient pu en détenir des copies. L'auteur, lui, ne fut pas expédié au goulag car ces années étaient celles du dégel. Vie et Destin n'en devait pas moins disparaître comme s'il n'avait jamais existé. Croyant au cours nouveau après la dénonciation des crimes de Staline, Grossman écrivit à Nikita Khrouchtchev pour lui demander «de rendre la liberté» à son livre. Il put même rencontrer Mikhail Souslov, l'idéologue en chef du Parti, pour plaider sa cause. Ce dernier lui répondit que le roman serait peut-être publié «dans deux ou trois cents ans», clamant qu'il était aussi dangereux pour le système communiste «qu'une bombe atomique».«La mise sous les verrous d'un roman est la plus haute distinction que le pouvoir d'Etat puisse décerner à une œuvre littéraire : l'imagination de l'auteur se trouve placée au rang de la réalité ; les réflexions de l'écrivain deviennent divulgation de secret d'Etat», notait le dissident Efim Etkind, qui fut le maître d'œuvre de la publication de ce livre en France aux éditions de l'Age d'homme, douze ans plus tard - après de rocambolesques aventures

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique