Son temps est toujours celui d'un entre-deux. «L'historien est le fils d'au moins deux époques, la sienne et celle qu'il étudie», notait le philosophe allemand Siegfried Kracauer, soulignant que «son esprit n'est pas localisable et il déambule sans domicile fixe». C'est là aussi d'un «entre-temps» qu'il s'agit, tout comme l'est autrement le Moyen Age, défini comme tel par les humanistes en même temps qu'ils inventaient la Renaissance. D'où le titre de ce nouvel essai du médiéviste Patrick Boucheron que l'on pourrait comparer à un divertimento - genre musical brillant dont la légèreté n'est qu'apparente. L'ouvrage s'ouvre avec un tableau, les Trois philosophes, de Giorgione, énigmatique comme nombre d'autres œuvres du maître vénitien du Cinquecento.
A gauche de la toile, l’ouverture ténébreuse d’une caverne sur fond de soleil couchant. A droite du cadre, trois hommes d’âges différents, un vieillard vénérable et barbu qui serait Aristote, un jeune homme assis regardant vers la grotte qui est une très transparente référence au mythe platonicien. Vêtu à l’antique, le jouvenceau qui tient en main une équerre et un compas serait l’incarnation de l’esprit nouveau de la Renaissance. Entre les deux, un homme enturbanné, un «turco» comme il y en avait tant dans la peinture vénitienne de l’époque, symboliserait le Moyen Age c’est-à-dire l’entre-deux. Ce serait Averroès, le grand philosophe andalou réputé avoir été le passeur de ce savoir de l’Antiquité vers l’




