Un Mercedes de 45 tonnes, chargement cathédrale et marchandise boudinée par une toile d'araignée de cordages, bloque la rue Pasteur qui conduit au grand marché Bozola, train arrière plié. Bakary, négociant «en tuyauterie et plomberie» se montre d'humeur nettoyante : «Le coup d'Etat a mis dehors les corrompus et les incapables qui gravitaient au tour d'ATT [Amadou Toumani Touré, chef de l'Etat destitué, ndlr]. Le capitaine Sanogo [chef de la junte, ndlr] va aussi nous débarrasser des islamistes qui ont pris le Nord. Il faut le laisser faire», s'enflamme-t-il, en oubliant de dire que le coup d'Etat a causé la perte de la moitié du pays en soixante-douze heures, le Nord désormais aux mains, notamment, du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) et des radicaux islamistes d'Ansar ed-Dine. Passe devant Bakary un sous-officier en treillis, aux tempes blanches et qui aurait dû faire valoir depuis un moment ses droits à la retraite. Bakary le hèle et lui demande de prendre «les armes pour libérer le Mali». Le sous-off accélère le pas et lui répond en bambara : «J'ai honte : on n'en a pas.» Bakary le regarde bouche bée et dit : «C'est foutu.»
Devant un réparateur de cycles, celui qui se fait appeler Papa prend la parole : «Faisons confiance à Sanogo. Nous irons chercher nous-mêmes nos frères du Nord et nous libérerons le pays, notre Mali, qui reste une république laïque. Nous ne voulons pas d'eux [les islamistes, ndlr] et de




