Il soupire en faisant tourner son verre, comme pour remuer un fond d'alcool qui a disparu depuis longtemps. Il lève ses yeux vers nous. L'éclairage au néon de la grand-place du centre de Rio qui vient de s'allumer dans son dos donne à ses pupilles des reflets jaunes. Un peu inquiétants. «Je crois que c'est bon là, on a grrrratté le fond de la casserole, non ?» L'accent de son français est encore italien, mais le rythme des phrases est devenu portugais. Pour rencontrer Cesare Battisti, il a fallu venir jusqu'au Brésil, pays où l'ex-militant italien d'extrême gauche devenu écrivain est libre depuis dix mois mais dont il ne peut plus sortir. Alors, on ne lui a pas laissé de répit. Entre deux verres, assis sur la chaise en plastique jaune d'un café, il a répondu à tout. Prison. Souvenirs. Exil. Solitude. Ecriture. Amour. Exil. Prison.
Mais on a eu beau gratter, on n'a trouvé nulle trace de l'ancien membre du groupe Prolétaires armés pour le communisme (PAC), condamné par contumace en Italie pour deux meurtres et deux complicités d'assassinat pendant les «années de plomb». On a plutôt découvert un homme usé, déraciné par trente ans d'exil au Mexique puis en France, et qui s'apprête à tenter sa chance au Brésil. L'éventuel coupable et l'éventuel innocent appartiennent au passé. Battisti veut passer au présent. Mais juste avant, il aimerait pouvoir clore le sujet : «Tous ceux qui sont bien informés savent qu'il n'y a aucune preuve contre moi, affirme-t-il. Que




