«Les années 60 avaient fait tant de victimes, leur guerre et leur musique avaient tiré l'énergie du même circuit si longtemps qu'il n'y a même pas eu besoin de fondre. La guerre nous préparait à des années infirmes tandis que le rock and roll devenait plus féroce et dangereux que la corrida. Les stars du rock se mettaient à tomber comme des sous-lieutenants.» C'est ainsi que Michael Herr résume le Vietnam dans son livre, sans doute LE livre de la guerre américaine au Vietnam : Putain de mort.
Entre la guerre et le rock, il y eut, du moins en Europe et plus précisément en France, Mai 1968. Avec la guerre américaine commençait en réalité, et on ne le savait pas alors, la fin du siècle. Il y eut l’après-guerre mondiale jusqu’au milieu des années 60, puis une autre époque, quasiment un nouveau monde. Et, comme tous les accouchements, celui-ci s’est fait dans un cauchemar meurtrier, éclairé par les bombardements au napalm : le Vietnam.
Ce petit pays, grand comme le Montana, c’est-à-dire comme un simple Etat américain, était devenu la capitale de toutes les représentations planétaires, là où se télescopaient des visions du monde toutes plus fantasmatiques les unes que les autres. C’est là où, au fil des années, tous les imaginaires du moment ont été successivement mis à mort. Et, depuis, nous vivons les conséquences de ce temps-là, nous ne finissons pas d’une certaine manière de digérer le Vietnam et l’après-Vietnam. Car depuis tout s’est brouillé : le monde a dû f




