Là où la route se resserre, une bande de jeunes à l’air désœuvré observe les voitures. Ils ne sont pas là par hasard, c’est à ce point précis de la voie rapide Belgrade-Pristina que s’achève le Kosovo albanais et que commence le Kosovo serbe, cette petite région du nord qui ne reconnaît pas l’indépendance de l’ex-province serbe. Les tensions n’ont cessé de monter avec les autorités de Pristina, dont l’indépendance proclamée en 2008 a été reconnue par 90 pays, notamment par 22 des 27 Etats de l’Union européenne.
Elles menacent maintenant d'empêcher par la force la tenue dans cette région des élections à la présidence et au Parlement de la Serbie voisine. Ces guetteurs du check-point de Jagnjenica craignent donc un assaut albanais. Une attaque peu probable, la force de paix de l'Otan, la Kfor, ayant dépêché des renforts pour empêcher tout heurt. «V'là la Gestapo», persifle Dejan, au passage d'une jeep de la Kfor conduite par des militaires allemands. «On les a subis en 1914, puis en 1941, et les voilà encore.» Un rien matamore, il ajoute : «au premier coup de feu, ils iront se cacher». «Comme en 2004», dit-il en montant le village de Cabra. C'est de là qu'était partie la rumeur que deux enfants albanais avaient été tués par des Serbes alors qu'ils s'étaient noyés. Cette rumeur avait déclenché cette année-là de sanglantes émeutes antiserbes, des événements qui, d'une manière paradoxale, avaient décidé les Occidentaux à accélérer la marche vers




