Les Turcs appelaient «restes de l'épée» (kiliç artigi) ces Arméniens, surtout des femmes et des enfants, qui ont échappé au génocide de 1915, enlevés ou protégés par des familles musulmanes. Le journaliste arménien de Turquie Hrant Dink parlait, lui, «d'âmes errantes» et a tenté, jusqu'à son assassinat à Istanbul en 2007, de retrouver cette mémoire engloutie, reconnaissant qu'en Turquie, «il est encore plus difficile de parler des vivants que des morts». Nul ne sait combien sont les descendants des rescapés restés en Anatolie orientale se cachant ou le plus souvent se convertissant à l'islam, tout en se fondant parmi les populations turque et kurde.
«Que faire de ces dizaines de milliers d'Arméniens cachés, de ces centaines de milliers d'islamisés et de descendants de grands-mères arméniennes dont les petits-enfants ou même les arrière-petits-enfants entament aujourd'hui pour certains une sorte de marche à rebours, refusant l'identité imposée par l'histoire ?» s'interroge la sociologue Laurence Ritter qui, avec le photographe Max Sivaslian, a mené pendant trois ans une enquête entre Marseille, Istanbul et l'Est anatolien. Un livre passionnant par les témoignages recueillis et parfois maladroit, qui a le grand mérite de mettre la lumière sur un aspect en grande partie ignoré de l'anéantissement des Arméniens de l'Empire ottoman.
«L'histoire du génocide a dû s'écrire ailleurs qu'en Turquie […], contrainte par le négationnisme omnipotent et




