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Critique

Drancy au quotidien, avant la déportation

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Un éclairage inédit sur le camp d’internement

Publié le 09/05/2012 à 19h07

Sur des milliers d'actes de décès figurent simplement les mots «mort à Drancy». Or, malgré la sous-alimentation, les conditions d'hygiène déplorables et l'entassement, on mourait peu dans ce camp de la proche banlieue parisienne géré par les autorités de Vichy, qui était la dernière étape avant les chambres à gaz d'Auschwitz-Birkenau et les autres usines de mort du Reich. Mais jusqu'à ce qu'une loi change finalement la donne en 1985, permettant de faire figurer un plus explicite «mort en déportation», c'était la formule adoptée par l'administration française, «le lieu porté sur les certificats de décès comme l'est le dernier port pour le marin péri en mer», expliquent Annette Wieviorka et Michel Lafitte dans leur étude sur le camp de Drancy, d'où partirent 67 000 des quelque 75 000 juifs déportés depuis la France et en majorité étrangers. Certains y ont vécu à peine quelques jours et d'autres plusieurs années. La cité de la Muette de Drancy, fut entre août 1941 et août 1944 tout à la fois un camp de représailles, de transit et de concentration. La structure de cet ensemble moderniste était parfaitement adapté à cette fonction imprévue : un large espace ouvert encadré de bâtiments bas pour les internés, surplombé par des gratte-ciel où logeaient les forces de l'ordre.

Clivages. La vie dans ce camp fut évoquée après-guerre par quelques témoignages mais ensuite relativemment négligée. «Comme s'il était obscène pour les rescapés des camps de la mort

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