Il a répondu tout de suite à notre demande d'interview, par e-mail, et nous a laissé choisir le lieu du rendez-vous. A l'heure dite, il s'excuse, par SMS : «Dix minutes de retard.» Le terrible Jack Abramoff est de retour à Washington, mais en version good guy cette fois-ci. Après trois ans et demi de prison, pour corruption, fraude et évasion fiscale, le plus célèbre et le plus odieux des lobbyistes américains dénonce maintenant le «marécage» dans lequel «nagent» les élus à Washington. Il s'est confessé dans un livre qui détaille comment il achetait les votes au Congrès avec l'argent de ses clients et plaide pour un grand «nettoyage du système».
Sa vie et ses méfaits ont déjà inspiré deux films : un biopic, Casino Jack, avec Kevin Spacey dans le rôle du lobbyiste survolté, et un documentaire, Casino Jack and the United States of Money. Le surnom lui vient du temps où il faisait payer aux tribus indiennes ses connexions au Congrès, pour leur permettre d'ouvrir des casinos sur leurs terres. Mais ce n'était là qu'une facette, la plus connue, du lobbyiste qui a aussi beaucoup grenouillé en Afrique, défendu le régime sud-africain de l'apartheid et frayé avec quelques-uns des plus sinistres personnages de la planète, comme Jonas Savimbi. Dans le petit café cosy du centre de Washington où il a fini par arriver, en s'excusant encore, nous voici donc devant une énigme : une telle créature peut-elle vraiment se racheter ?
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