Les mots sont anglais, la pratique russe. Dans le monde des affaires, le corporate raid ou raiding est une OPA hostile sur une entreprise que l'on revend immédiatement. En Russie, la firme n'est pas la seule à être liquidée. Ses anciens propriétaires disparaissent avec : les uns vont droit au cimetière, les autres en prison. C'est cette Russie-là que racontent Hélène Blanc et Renata Lesnik dans leur dernier livre, Russia Blues, un ouvrage qui donne au lecteur l'impression de parcourir un polar très noir. Un polar où ceux qui devraient être les bons, les flics, sont encore plus méchants que corrompus. Leurs victimes - à l'exception de quelques personnes courageuses, comme le juriste moscovite Sergueï Magnitski, tabassé jusqu'à ce que mort s'en suive pour lui extorquer de faux aveux -, ne sont pas forcément les bons non plus.
La Russie de Vladimir Poutine, au pouvoir depuis 2000, est plus sordide que celle qui sortit des cendres de l'Union soviétique dans les années 90. Elle est plus froide, plus organisée aussi. Dans ce système, le rôle des représentants divers des forces de l'ordre (magistrats, fisc, ex-KGB et gradés de divers corps) est prépondérant. «Du temps de l'URSS, la corruption était passive, elle est devenue institutionnelle», dit Hélène Blanc. Il s'agit aujourd'hui d'extorsion systématique avec l'aide de l'Etat. Le tout au bénéfice de personnages haut placés devenus très prospères. Jusqu'au plus haut niveau.
Poutine compte vingt-si




