A première vue, le docteur Basson est un homme ordinaire. En tout cas, c’est bien l’impression qu’il veut donner : sourire chaleureux, assis bien droit devant le bureau de son cabinet médical, au cœur d’une banlieue blanche du Cap, en Afrique du Sud. Il était autrefois le médecin personnel de l’ex-chef d’Etat du régime d’apartheid Pieter Willem Botha. A ce jour, son cabinet de cardiologie compte quelque 9 000 patients.
Moquettes au sol, portes en contre-plaqué, quelques diplômes de médecine accrochés aux murs et portraits de famille bien encadrés : rien ne peut rappeler ce passé «prestigieux». Sauf, peut-être, cette photographie que Wouter Basson garde précieusement : le cardiologue cache son visage entre ses mains, son avocat le serre dans ses bras. Ce jour-là, le 22 avril 2002, le juge Willie Hartzenberg, proche de l’ancien régime, le disculpa des 61 chefs d’accusation qui auraient pu le faire condamner à perpétuité.
En bon soldat
De 1981 à 1993, Wouter Basson dirigea un projet biologique et chimique top-secret. Nom de code : «Project Coast». Son but ultime, selon ses anciens collègues : «Tuer les ennemis de manière à ce que leur mort passe pour naturelle.» Mais, selon le juge Hartzenberg, le brigadier Wouter Basson n'aurait fait qu'appliquer les ordres du régime raciste, en bon soldat. «Les juges sud-africains étaient les mêmes que sous l'apartheid, regrette Steve Miles, professeur d'éthique médicale au sein de l'Association médicale mondiale (AMM). La justice ne po




