Cette relecture du Décalogue est placée sous le signe de la montagne. «Un sommet atteint est un bord de frontière entre le fini et l'immense», écrit Erri De Luca, évoquant ces cimes où le ciel n'est pas plus proche «mais plus vide, sans ailes, sans poussière ni fumée». C'est Moïse qui parle, un Moïse qui fut, selon l'écrivain, le «premier alpiniste» : outre le Sinaï où il reçut les dix commandements, il est mort sur le mont Nebbo en vue de la terre promise. «En montagne on est un intrus et on passe grâce à une indulgence de la nature ; il suffit de peu pour être repoussé et devoir renoncer», rappelle Erri De Luca dans ce livre court, dense. Et il dit brûle des deux passions qui inspirent toute l'œuvre de l'ex-militant de Lotta Continua, devenu ouvrier pendant vingt ans, avant de passer à l'écriture. Pour lui, la montagne signifie avant tout éloignement et solitude : «Je peux voir là comment était le monde avant et comme il sera une fois libéré de nous.» C'est la condition pour aiguiser l'écoute.
Fuite. «Ils apprirent au pied du Sinaï que l'écoute est une citerne dans laquelle se déverse une eau de ciel de paroles scandées à goutte de syllabes», écrit-il. Erri De Luca est un mystique sans Dieu que les Ecritures fascinent parce qu'elles parlent avant tout des hommes. «Je ne suis pas croyant et je n'ai même pas le désir de croire. La croyance est un don que je n'ai pas reçu», explique l'écr




