Deux téléphones étaient disposés de chaque côté de son lit. L’un relié à une ligne ordinaire, recevant les communications de l’extérieur. Et l’autre, un téléphone rouge. D’après d’anciens domestiques de Bachir Saleh, l’ex-numéro deux du colonel Kadhafi, cette seconde ligne était réservée aux appels du «Guide de la révolution». Elle pouvait conduire l’homme de confiance, en plein milieu de la nuit, au palais de Bab el-Azizia, le QG présidentiel à Tripoli. Ou dans un avion. Ou n’importe où, au gré des demandes plus ou moins fantasques de l’Ubu libyen.
Depuis la chute du régime de Kadhafi, fin août, Bachir Saleh n’a plus qu’un seul téléphone. Seuls ses proches et ses avocats ont le numéro. Peu savent avec certitude dans quel pays vit ce petit homme à la moustache noire, dont le visage apparaît rarement sur les photos officielles, le plus souvent dans l’ombre.
Bachir Saleh était arrivé en France l'hiver dernier. Il a vécu tranquillement dans sa maison du pays de Gex, à quelques kilomètres de la Suisse. Pendant l'entre-deux tours de la présidentielle française, le 1er mai, Bachir Saleh a tenu une réunion surréaliste dans les salons du Ritz, à Paris, avec Dominique de Villepin et l'intermédiaire Alexandre Djouhri. Le lendemain, il a fait une brève et non moins surréaliste apparition sur les Champs-Elysées, immortalisée par un journaliste de Paris Match. Deux sorties au grand jour alors qu'un document - mentionnant son nom et la somme de 50 millions d'euros remise




