Pour la première fois, un président égyptien a été élu dans un scrutin libre et plutôt honnête. Pour la première fois aussi, ce n'est pas un militaire. Mais les foules ne sont pas dans la rue pour célébrer ce qui devrait être un moment historique. Sur la place Tahrir, la circulation n'a même pas été arrêtée et c'est au milieu des embouteillages et des klaxons qu'une centaine de personnes célèbrent la victoire annoncée et probable de Mohammed Morsi, le candidat des Frères musulmans. Les hommes sont d'un côté, les femmes de l'autre, protégées par un viril cordon de sécurité. La petite foule entonne «pain, liberté, justice sociale !», un des slogans les plus célèbres de la révolution. Après plus de quatre-vingts ans marqués par la marginalité politique et la clandestinité, la confrérie fondée en Egypte accéderait à la présidence de la République. Mais la victoire de son candidat a un arrière-goût de défaite et la révolution chantée par les manifestants n'a jamais semblé aussi proche de la fin.
Selon les premières estimations, Morsi aurait remporté le second tour de l'élection présidentielle avec un peu plus de 51,5% des voix, contre 48,5% à Ahmed Chafik, dernier Premier ministre de Hosni Moubarak. L'islamiste y est allé de son message solennel, son adversaire a contesté ces résultats et assuré qu'il est le vainqueur. Mais tout cela a un air de mascarade tant ces élections ont perdu de leur intérêt depuis quelques jours. Elles n'ont d'ailleurs pas mobilisé les Egyptiens




