Gilles Kepel est politologue et spécialiste de l'islam et du monde arabe contemporain. Il a notamment publié, en 1984, l'ouvrage de référence le Prophète et Pharaon : les mouvements islamistes dans l'Egypte contemporaine (1). Il se trouve actuellement au Caire pour préparer une conférence internationale sur les révolutions arabes, qui se tiendra à Paris le 27 juin.
La révolution égyptienne est-elle proche de la fin ou d’un recommencement ?
Il y a deux façons de voir les choses. On peut être optimiste. Samedi, je me suis rendu dans un bureau de vote dans le Fayoum et j'y ai vu des femmes de milieu modeste, heureuses de montrer leur doigt noirci d'encre et d'argumenter sans peur sur les raisons de leur choix. Pour la première fois depuis sept mille ans, ces Egyptiennes ont choisi leur président, alors que sous les pharaons, les mamelouks ou les officiers, ce choix était imposé. La révolution égyptienne a accouché d'une citoyenneté nouvelle. On peut également voir la situation d'un œil pessimiste et constater que dans cette région [le Fayoum], qui est une place forte des Frères, toutes les femmes musulmanes étaient voilées et votaient pour Mohammed Morsi, alors que toutes les coptes votaient pour Ahmed Chafik. La révolution égyptienne s'est traduite par une polarisation entre les Frères et les militaires, et a complètement oblitéré ce que le grand historien égyptien Khaled Fahmy nomme la «troisième voie». Ceux qui sont les premiers descendus sur Tahrir et ont fait tomber Moubarak sont aujourd'hui marginalisés, car ils n'ont pa




