Dans un de ses merveilleux romans, Mendiants et orgueilleux, l'écrivain égyptien Albert Cossery campait un jour d'élection dans un village de la vallée du Nil. Les employés du gouvernement découvraient avec stupéfaction que les électeurs s'étaient refusés de choisir entre les deux candidats officiels et que la majorité des bulletins portaient le nom inconnu de «Barghout» qui, enquête faite, se révéla être celui d'un âne «très estimé pour sa sagesse dans tout le village»… Comme ces paysans du Nil, la moitié des Egyptiens, dont l'essentiel des jeunes démocrates et libéraux, héros de la révolution, ont préféré s'abstenir lors de l'élection présidentielle, la première pourtant de l'après-Moubarak. Ils ne voulaient ni du candidat de l'armée, Ahmad Chafiq, ni de celui des Frères musulmans, Mohammed Morsi. Il n'empêche, la victoire du candidat de la confrérie revêt une puissance symbolique et politique de première importance pour l'ensemble du monde arabe. L'organisation des Frères musulmans est née en Egypte dans les années 20, et elle n'a cessé d'essaimer pendant près d'un siècle. Là voilà dans une situation paradoxale : elle se hisse au sommet du plus grand Etat du monde arabe au moment même où la fonction qu'elle ravit - la présidence de la République - ressemble à une coquille vide, tant les militaires ont pris soin d'en limiter les pouvoirs. Cette victoire est pourtant le signe que ce compromis, hier encore impossible entre l'armée et les Frères, commence à
EDITORIAL
Symbolique
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Publié le 24/06/2012 à 21h56
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