Elle tente le pari risqué du dialogue avec les autorités turques. Leyla Zana, députée indépendante et égérie de la cause kurde, vient pourtant d’être inculpée pour divers propos jugés séditieux et risque de repartir derrière les barreaux pour dix ans. Depuis lundi s’est aussi ouvert dans la prison de haute sécurité de Siliveri, dans la lointaine périphérie occidentale d’Istanbul, le procès de 205 militants et sympathisants, dont des intellectuels de renom, comme l’éditeur Ragip Zarakolu et l’universitaire Busra Ersanli. Tous sont accusés d’être membres du KCK (Union des communautés du Kurdistan) considéré comme le réseau de soutien urbain au PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), qui mène la lutte armée contre Ankara depuis 1984, un conflit qui a fait plus de 40 000 morts.
Considéré comme une organisation terroriste par Washington et par l'Union européenne, le PKK pourrait compter sur 5 000 combattants. La semaine précédente, une vingtaine de syndicalistes de la fonction publique (Kesk) étaient aussi arrêtés car supposés membres du KCK, s'ajoutant aux 8 000 personnes aujourd'hui emprisonnées pour «appartenance à une organisation terroriste», le plus souvent sur la base de dossiers vides. Malgré ces signes d'un durcissement, Leyla Zana a décidé de rencontrer le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, issu du mouvement islamiste, alors que les incidents armés sont toujours plus fréquents dans le Sud-Est, où vit la majorité des 15 millions de Kurdes de Turquie.




