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Libération
Reportage

Pakistan : les chiites, cibles de la haine

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Formés par les talibans et Al-Qaeda, des groupes sunnites perpètrent des massacres en toute impunité, menaçant la stabilité précaire du pays.

Explosion d'une bombe devant une école coranique à Quetta dans le sud-ouest du Pakistan, le 7 juin. (Photo Banaras Khan. AFP)
Publié le 01/08/2012 à 22h06

«Ils ont crié qu'il ne fallait pas gaspiller plus d'une balle par "kafir" [infidèle, ndlr], pour en tuer plus. Alors, après leur avoir tiré dessus, ils les ont achevés à coups de pierre. En une demi-heure, dix cadavres étaient entassés sous mes yeux. Tous chiites, comme moi.» Mohamad Hassan est un miraculé : le 3 avril, il a réchappé à un nouveau massacre de chiites qui rentraient dans leur région d'origine, dans le nord du Pakistan. «J'étais persuadé que j'allais mourir, là, alors qu'on était juste contents de revenir chez nous», confie ce gérant d'une compagnie de bus dans un témoignage rare, les victimes fuyant les médias par crainte de représailles.

A 45 ans, cheveux gominés et fine moustache, impeccable dans sa tenue traditionnelle, Mohamad s’efforce de rester digne dans le récit du pire jour de sa vie. Mais la peur toujours palpable voile son regard. Ce jour-là, une foule déchaînée a attaqué et incendié en partie un convoi d’une trentaine de véhicules transportant en majorité des chiites qui traversait Chilas (dans le Gilgit-Baltistan) à majorité sunnite, courant de l’islam prédominant au Pakistan. Les assaillants avaient participé à une manifestation organisée par le groupe religieux extrémiste sunnite Ahle-Sunnat-Wal-Jamat (ASWJ), apparemment en réponse à l’attaque à la grenade, le même jour, contre un de ses rassemblements dans la ville de Gilgit.

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