Ce soir-là, le 25 août 1992, Nermin Ibrulj travaillait comme à l’ordinaire sur les microfilms de la bibliothèque de Sarajevo, archivant les livres les plus fragiles. Le jeune homme de 27 ans, un des cent employés du vénérable établissement, un bâtiment de style néomauresque construit lors de l’occupation autrichienne, avait fini par y dormir pour éviter les tirs de snipers et les bombardements des forces serbes bosniaques, incessants depuis quatre mois. Il vivait d’abord seul dans ce bâtiment du centre-ville bordé par la rivière Miljacka (prononcer : «milyatska»), puis en compagnie de nombreux collègues, venus s’y installer à l’abri en famille. A deux reprises, des feux s’étaient déclarés, mais avaient été circonscrits.
«Cette nuit-là, les bombardements ont commencé à 20 h 30. Les tirs se sont mués en un déluge de feu. A 10 h 30, le lendemain, tout l'édifice avait brûlé», raconte Nermin. Ni lui ni ses collègues ne sont restés les bras croisés. Toute la nuit, ils ont déménagé d'étage en étage les livres qui encombraient jusqu'aux escaliers du bâtiment. Jamais conçu pour être une bibliothèque, celui-ci avait d'abord été l'hôtel de ville de Sarajevo, ce qu'il resta jusqu'en 1949, quand il fut confié à la Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine, alors république de l'ex-Yougoslavie.
Une partie des œuvres, surtout les collections spéciales, faites de pièces uniques et de manuscrits, a été sauvée du gigantesque incendie. Le reste a péri, notamment de r




