Sous les plafonds dorés de l'immense bibliothèque, sa silhouette paraît encore plus menue. Depuis six ans, Joseph Ratzinger est revenu dans sa Bavière natale, enseigner la théologie dans la tranquille Ratisbonne, coquette ville baroque au bord du Danube et miraculeusement épargnée par les destructions de la Seconde Guerre mondiale. Il joue du piano. Il enseigne, lit, écrit loin des tumultes soixante-huitards qui ont secoué l'université de Tübingen et loin des passions romaines. «Fiers et sûrs de la victoire, nous avions muré la porte d'une époque révolue et déclaré aboli tout ce qui était derrière» (1),raconte le Herr Professor repensant aux ardents engagements de sa jeunesse.
On l'avait surnommé le «sans-culotte» du concile de Vatican II et l'étiquette lui colle toujours à la peau. L'épithète avait été lancée par Mgr Pietro Parente, prélat conservateur, responsable au Saint-Office (l'ex-Inquisition) et gardien du dogme, qu'exaspéraient les tirades contre la vieille doctrine romaine de ces brillants jeunes théologiens et éminents latinistes invités comme peritus (experts) d'un concile dont les actes s'écrivent en latin. Joseph Ratzinger et son ami Hans Küng rêvaient de transformer une Eglise, hiérarchique, pyramidale et absolutiste, en une communauté représentant le peuple de Dieu en marche. Le but du concile convoqué par Jean XXIII était de «faire entrer un courant d'air frais» dans un catholicisme figé depuis plus d'un siècle dans l'ant




