Les miroirs aux murs reflètent les plafonds en stuc que soutiennent d'élégantes colonnes enrubannées d'or. Un décor à la fois très contemporain et très fin de siècle - le XIXe, bien sûr. Jadis, une école de danse pour jeunes filles de la bonne société bruxelloise occupait ce local donnant dans la galerie des Princes, au cœur de la ville basse et à deux pas de la Grand-Place. Puis, dans les années 60, un club de jazz, Blue Note, s'installa dans ces mêmes murs. C'était au temps où Bruxelles rêvait ; c'était au temps où Bruxelles chantait… Jacques Brel s'y produisit d'ailleurs en début de carrière.
Les mannes du lieu
On ne peut rêver emplacement plus symbolique. «Cette librairie est en elle-même une œuvre d'art, c'est la plus belle d'Europe», aime à rappeler l'écrivain Patrick Roegiers, belge installé depuis trois décennies à Paris, dont le nouveau roman, le Bonheur des Belges, sort début septembre. Un clin d'œil au Chagrin des Belges, du défunt et immense écrivain Hugo Claus, dont cette fresque picaresque «poétique et politique», qui se veut un livre total sur les affres de la belgitude, est le pendant joyeux. Quand il rentre au pays, Patrick Roegiers passe toujours à Tropismes. Par amitié pour sa fondatrice et directrice, Brigitte De Meeûs, qui depuis plus de trente ans défend une certaine idée du livre et du métier de libraire. Mais aussi par fidélité aux mannes du lieu. «Je ne peux être là sans penser à Baudelaire, cheveux verts, gants roses e




