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Libération
Reportage

Marikana, mine à guerre ouverte

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Depuis la manifestation du 16 août au cours de laquelle 34 grévistes ont été tués, aucun mineur n’est encore retourné au travail.

Les mineurs en grève le 28 août 2012 à Marikana. (Photo Rodger Bosch. AFP)
ParSophie Bouillon
Envoyée spéciale à Marikana (Afrique du Sud)
Publié le 03/09/2012 à 13h27

Assise sur un trottoir, Sibongile porte un casque de chantier, des bottes en caoutchouc, et un bleu de travail trop serré. Ce sont les habits de son mari, foreur dans la mine de Marikana. Arrêté lors de la manifestation du 16 août qui a fait 34 morts, il était, avec 269 autres camarades, accusé du meurtre de ses collègues. «Qu'est-ce que je vais dire à mes enfants ? demande Sibongile, la voix entrecoupée de sanglots. Que leur père est un criminel ?» Elle s'effondre. Une femme la prend dans ses bras. Le pays entier s'est insurgé des arrestations. Et, coup de théâtre, le mari de Sibongile a été libéré, sur ordre du parquet. La situation devenait intenable pour le gouvernement, qui semble avoir réalisé que le pays pouvait s'embraser d'un moment à l'autre.
Pour rendre sa décision, le juge se serait appuyé sur la loi du «but commun», adoptée en 1956 au début de l'apartheid et jamais abrogée. Elle permet de condamner les personnes d'un groupe censées partager une même intention de tuer. Le régime d'apartheid en a souvent fait usage contre des manifestants. Le président Zuma avait annoncé samedi qu'il ne se mêlerait pas de la justice de son pays, mais il est évident que l'ordre de libérer les 270 mineurs vient d'en-haut, où règne la plus grande confusion. Le parti au pouvoir est mis en cause par les grévistes qui réclament 12 500 rands (1 200 euros) de salaire mensuel, contre leurs 5 000 rands (480 euros) de salaire moyen, évalué en fonction des primes à la pr

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