S'il est un déni de l'histoire, c'est bien celui-là. S'appuyant sur des documents d'archives secrets, l'historien Yang Jisheng raconte dans Stèles ce que fut la grande famine chinoise de 1958-1962, inégalée dans le monde par son ampleur, bouleversante par ses actes d'anthropophagie, et hautement criminelle car les campagnes ont été délibérément affamées par Mao Zedong. «Si nous laissons tous les paysans manger à leur faim, […] nous ne pourrons pas nous industrialiser, nous devrons réduire l'armée et ne pourrons bâtir une défense nationale», explique à l'époque un haut responsable du Parti. Cette politique machiavélique conduira la Chine directement en enfer.
«Catastrophes naturelles»
«Quelque 36 millions de personnes sont mortes de faim», estime Yang Jisheng en projetant toute la dimension du carnage : «La grande famine a été de loin plus meurtrière que la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci a fait entre 40 et 50 millions de victimes en Europe, en Asie et en Afrique, sur une période de sept à huit ans, alors que les 36 millions de morts de la famine chinoise ont péri sur une période de trois à quatre ans - la plupart des morts étant concentrés sur une période de six mois.» La grande famine reste aujourd'hui un tabou en Chine, où l'on parle officiellement, sans donner de bilan, de «trois années de catastrophes naturelles», afin de ne pas écorner l'image de Mao, qui sert toujours de légitimité au pouvoir en place.
Pour ne pas contourner l'interdit, Yang a publié




