Les Allemands l'appellent simplement «die Flucht» («la fuite»). L'exode dès janvier 1945 en Prusse orientale devant l'avancée de l'armée Rouge, puis les expulsions planifiées jusqu'en 1947 de millions de Sudètes de Tchécoslovaquie et d'autres millions de Volksdeutschen (Allemands ethniques) de Pologne, Hongrie, Roumanie, Yougoslavie, devint, dans l'immédiate après-guerre, un des mythes fondateurs de la nouvelle République fédérale, qui se présentait comme le havre des Allemands cherchant à échapper au communisme.
Ces Volksdeutschen avaient été le fourrier de l'invasion nazie dans leurs pays respectifs et souvent, ils participèrent activement aux crimes du IIIe Reich. D'où cet implacable nettoyage ethnique en représailles, marqué par l'expulsion de quelque 13 millions de personnes, en écrasante majorité des femmes, des enfants et des vieillards, car les hommes étaient sous l'uniforme puis prisonniers. Des centaines de milliers d'entre elles moururent de faim ou de froid sur les routes de l'exode dans des territoires dévastés. Ce fut le plus grand déplacement forcé de population de l'histoire de l'Europe.
Discours victimaire. «Même sous Hitler et Staline, jamais n'avait eu lieu une telle entreprise de rassemblement, transport et réinstallation d'un si grand nombre d'individus en si peu de temps», note l'historien américain R.M. Douglas, tout en rappelant que «ce qui se passa après la guerre ne peut être mis sur le même plan que




