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Portrait

Sihanouk, feu le prince rouge de la tragédie cambodgienne

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Intronisé à 19 ans, le monarque, mort hier à Pékin, a usé de jeux d’alliances pour renforcer son pouvoir, mais n’a pas su empêcher le génocide commis par les Khmers rouges.

ParPhilippe Grangereau
Correspondant à Pékin
Publié le 15/10/2012 à 20h56

Juste avant d'expirer, l'ancien roi du Cambodge a assurément, l'espace d'une seconde, esquissé un sourire en pensant au gouverneur général de l'Indochine française, Jean Decoux, qui lui avait cérémonieusement remis en 1941 la couronne en or des souverains d'Angkor. L'amiral Decoux, aux ordres du chef de l'Etat français, Philippe Pétain, avait délibérément choisi Norodom Sihanouk, âgé de 19 ans, parmi la ribambelle d'héritiers potentiels du trône, parce qu'il le trouvait efféminé, docile, et ainsi à même de servir de potiche à l'empire colonial français. Sihanouk deviendra l'exact opposé de ces espérances mal fondées, en occupant une place centrale dans l'histoire de la seconde partie du XXe siècle - avant de décéder hier à Pékin à 89 ans.

«Monseigneur papa». Lorsque l'armée japonaise envahit l'Indochine et dépose l'administration coloniale, en mars 1945, le jeune Sihanouk, qui a fait ses classes au lycée Chasseloup-Laubat de Saigon, puis à l'école de cavalerie de Saumur (Maine-et-Loire), comprend vite que le temps des colonies est révolu. Sous la férule japonaise, il évite de se compromettre et, peu après que la France eut reconquis Phnom Penh, se déclare pour l'indépendance. Les menaces de mort qui le visent le conduisent à l'exil, mais il obtient finalement l'émancipation totale du Cambodge en 1953. Grâce à son habileté, il évite une guerre civile. «Il a toujours su mettre ses ennemis en opposition, s'appuyer sur une force pour affaiblir l'au

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