A Jersey City, c’est l’autoroute qui sert de frontière. A l’est de l’Interstate 78, la ville du New Jersey n’a pas peur de dire qu’elle peut rivaliser avec Manhattan, pour le petit monde de la finance en tout cas. Depuis une vingtaine d’années, mais surtout depuis le 11 septembre 2011, de nombreuses banques ont décidé de s’installer de ce côté-ci de la rivière Hudson, juste en face de New York, dans les enclaves de Newport ou d’Exchange Place, attirées par des loyers très compétitifs. Goldman Sachs y a même construit, en 2004, une tour de verre noire qui semble narguer celles de Wall Street, de l’autre côté de l’eau.
Mais il suffit de se diriger vers l'Ouest pour que le décor change soudain. Terrains vagues et commerces abandonnés jalonnent des rues où les maisons sont en triste état. «On pourrait croire à une caricature, mais c'est la réalité, explique Lester Lewis-Powder, le directeur de Let's Celebrate, une association qui vient en aide aux plus démunis. Jersey City est coupée en deux, avec deux univers qui ne se côtoient presque pas. D'un côté, on a ce que tout le monde appelle "Wall Street West" ; de l'autre, on se bat contre la misère. Et cela ne s'arrange pas.»
A l'automne 2011, les militants d'Occupy Wall Street étaient venus manifester à Jersey City, pour dénoncer «les "1%" de riches qui contrôlent l'Amérique». Depuis, le mouvement a perdu un peu de sa vigueur, mais la fracture sociale persiste. Selon les derniers chiffres, plus de 20% de la




