Alexandre Loukachenko est aux yeux de tous ou presque le dernier dictateur d’Europe. Rusé, mégalo, cynique, il n’a toutefois pas réussi à réaliser toutes ses ambitions. Il lui reste un regret : celui de n’avoir pu s’asseoir sur le seul trône qui compte à ses yeux, le Kremlin. Dans ce qui constitue l’unique biographie du président biélorusse disponible en français, Valeri Karbalevitch raconte avec verve cet épisode peu connu de la vie du despote vieillissant. Il s’agit des péripéties de l’union rêvée entre la Russie et la Biélorussie - petit frère à l’identité incertaine - qui commence il y a dix-sept ans, avec le premier traité d’union douanière, comme une histoire d’amour et finit dans l’acrimonie.
En 1995, Alexandre Loukachenko, ancien directeur de kolkhoze, est jeune. A 41 ans, Il n'est au pouvoir à Minsk que depuis une année. Au Kremlin, il a face à lui Boris Eltsine, premier président russe postsoviétique, un homme à la gloire déjà fanée, fatigué par l'âge et l'alcool. Loukachenko va donc se croire tout permis. Il rêve d'une union économique et politique entre les deux pays. Et envisage «un troc : l'échange de la souveraineté de son pays contre la magistrature suprême au Kremlin». Loukachenko parle de fusion entre les deux pays, encourage les sentiments prorusses de ses concitoyens et demande à ses juristes de préparer le cadre d'un véritable Etat unifié dès 1996. «Faut-il absolument que le chef de l'Etat uni soit un Russe ? Je suis convaincu qu'




