Carrure massive, cheveux bruns, l’œil vert rivé sur son appareil, le photographe italien Giancarlo Ceraudo a assisté, comme bien d’autres confrères, à l’ouverture du procès des «vols de la mort», le plus important qu’ait jamais connu l’Argentine jugeant des crimes de la junte militaire qui a sévi de 1976 à 1983. C’était le 28 novembre, au tribunal oral fédéral numéro 5, à Buenos Aires : 789 chefs d’accusation, 800 témoins et 68 accusés. Parmi ces derniers, huit pilotes. Ils devront répondre de leurs actes durant ces expéditions aériennes au cours desquelles des prisonniers politiques étaient jetés, vivants, dans le Rio de la Plata. Trois mille personnes auraient connu ce supplice.
«Je cherchais un angle»
Giancarlo Ceraudo s’est tenu là, en silence et en retrait, au milieu de la foule dense des familles de victimes, anonyme. C’est pourtant grâce à l’enquête qu’il a engagée comme un travail photographique sur la mémoire des tortures et qui s’est transformée en une traque aux coupables menée durant six ans avec deux amis argentins que ces pilotes des vols de la mort sont traduits en justice. Du genre discret, Ceraudo s’est toujours pudiquement tenu dans l’ombre, taisant aux médias argentins l’histoire d’une investigation qui a permis, in fine, de mettre en lumière des exactions parmi les plus sombres de la «guerre sale».
«Je me suis longtemps posé des questions sur le travail de mémoire en Argentine, raconte le photographe établi dans le pays depuis quinze ans. Quand on vit ici, la thémati




