Après 40 kilomètres à pied sur une route bitumée, Mohamed Kone est finalement arrivé à Niono, bourgade de 15 000 habitants à mi-chemin entre Ségou et la frontière mauritanienne. Avec ses huit camarades ouvriers agricoles, ils ont quitté la veille le village de Diabaly, occupé par les jihadistes, qui est désormais le front le plus au sud, et le plus inquiétant. «On a dormi dans un village sur la route», raconte Mohamed. Tous sont poussiéreux et dépenaillés. Avant de fuir, ils ont juste eu le temps d'empiler quelques couvertures dans des sacs en toile effilochée, qui servent à transporter le riz.
«Infiltrations». A Diabaly, ils ont vu les jihadistes. «Ils avaient les pantalons relevés et des chemises tombantes», explique Mohamed. Des Arabes, des Touaregs et des Noirs. Ce sont ces derniers qui inquiètent le plus les militaires maliens rencontrés sur les barrages. Ils craignent les «infiltrations». Il semble, en effet, que les jihadistes aient conquis Diabaly par surprise, abandonnant leurs pick-up à une dizaine de kilomètres, se glissant ensuite à pied dans le village. «Ils avaient caché leurs armes et se dissimulaient chez des habitants terrorisés», témoigne un des réfugiés. Puis ils ont attaqué au dépourvu la garnison, qui fut rapidement submergée par le nombre.
Après les herbes basses et les épineux de la brousse, Niono fait figure de paradis pour les fuyards. Des hautes palmeraies, des rizières à perte de vue, des canaux et




