Menu
Libération

Oser encore penser contre la guerre, même «juste»

Réservé aux abonnés

Publié le 24/01/2013 à 19h26

Deux semaines d'engagement guerrier au Mali, donc, et presque autant pour que se dessillent, sinon des opinions publiques par pans entiers, du moins quelques plumes. Citons ici, à titre bienveillant, celle de Daniel Schneidermann, lundi dernier dans sa Médiatiques de Libération. Et rendons hommage au chroniqueur qui, tel l'Auguste Dupin d'Edgar Allan Poe, mit le doigt sur cette évidente Lettre volée. «Quand le président en guerre, écrit Schneidermann, répond froidement à une question qu'il souhaite "détruire" les terroristes, aucun chroniqueur […] ne relève que le verbe est non seulement odieusement néo-bushien, mais stupide [car] on détruit des choses, pas des hommes.» Sauf peut-être à regarder les hommes comme des choses pour précisément légitimer leur destruction, pourrait-on lui objecter, mais là n'est pas l'essentiel. L'essentiel est que, opportunément relevé et souligné, le «détruire, dit-il» de François Hollande aura fait fonction de révélateur.

Comment ça marche, une conscience collective qui se délite ? Toujours de la même immuable façon. Voilà trois jours pleins que je me demande comment nous (et ce nous, vérification faite, est pluriel) avons pu entendre le propos présidentiel, énoncé le 15 janvier à Dubaï (à Dubaï !) sans le stigmatiser illico presto. Même vaguement atténué par la promesse bégayée de «les faire prisonniers, si possible», comme pour rattraper la bavure lexical

Dans la même rubrique