Philosophe et universitaire engagé contre l'islamisme, cette «maladie de l'islam» selon le titre d'un de ses ouvrages les plus fameux, Abdelwahab Meddeb (1) analyse la montée des tensions dans son pays d'origine.
Pourquoi l’opposition met-elle en cause Ennahda et notamment son chef, Rached Ghannouchi ?
Depuis des mois, il utilise un double langage. Une vidéo le montrait lors d'une réunion avec des salafistes il y a quelques mois, leur déclarant qu'ils partagent le même projet même s'ils n'ont pas la même stratégie. Avec les Occidentaux, Rached Ghannouchi joue les agneaux mais c'est un loup déguisé en agneau. Je l'ai épinglé récemment dans un article, me référant à Farabi, grand philosophe classique du Xe siècle qui soulignait la différence qu'il y a en politique entre l'homme intelligent et l'homme rusé. Le premier, dans la tradition grecque, agit pour imposer le bien, le rusé, lui, manœuvre pour son seul intérêt sans penser au bien commun. Ghannouchi est clairement du côté de la ruse.
Les partenaires non islamistes de la coalition semblent de plus en plus le comprendre et tentent d’imposer un remaniement du gouvernement pour que des ministères régaliens - notamment l’Intérieur et la Justice - ne soient plus contrôlés par Ennahda afin de garantir l’équité des prochaines élections. Rached Ghannouchi compose, il recule, mais, en même temps, il laisse agir les extrémistes, et notamment ces prédicateurs venus du Golfe invités par des associations peu ou prou liées à Ennahda qui transmettent un islam intolérant. C’est celui que Ghannouchi veut imposer




